Blogueurs et journalistes

La querelle dure depuis des années déjà : les blogueurs, ces amateurs infâmes, sont-ils des journalistes authentiques ? Si l’on considère la définition de la commission qui délivre les cartes de presse, pour obtenir l’une de ces dernières (* un précieux sésame, *il faut bien le dire) il faut pouvoir prouver que la majeure partie de votre revenu provient de l’activité de journaliste.

Donc, pour être journaliste, il faut en vivre. Par conséquent les blogueurs ne sont pas des journalistes. Sauf ceux qui en vivent, bien sûr, je crois qu’il y en a douze en France. Cette définition ayant le mérite d’être claire et précise dans un monde dont les contours sont souvent mal définis (c’est vrai : la Turquie est-elle en Europe, ou pas ?), on s’en tiendra là.

Le terme de journaliste ne préjuge donc aucunement de la qualité de l’écrit. L’on peut être journaliste et écrire comme un insecte estival nocturne qui aurait trempé ses pattes par hasard dans un flacon d’encre. A l’inverse, on peut être blogueur, ou simple « rédacteur web » – un stade larvaire du journalisme qui oscille pourtant entre le purgatoire et les limbes – et rédiger des textes d’une clarté éblouissante.

Dans le domaine des technologies de l’information, que votre serviteur connaît bien, les textes se révèlent souvent difficile à écrire. Le sujet n’est pas forcément « sexy » ni passionnant pour le plus grand nombre. Lorsque l’on doit, jour après jour, reprendre des communiqués de presse ou écrire des billets à partir d’une info incertaine mals traduits par une agence de presse douteuse, il arrive que mes bien-aimés confrères journalistes tombent dans l’ornière du lieu commun, du texte sans saveur et sans information.

Prenons un exemple. En août 2009 l’aimable OC rédige sur Zdnet un papier faisant état des problèmes de batterie que rencontreraient les iPhones et autres iPods. « La firme à la pomme » ( ou « firme de Cupertino ») comme on aime à l’appeler dans les rédactions IT pour éviter les douloureuses répétitions du mot Apple, chercherait à *étouffer l’affaire.

Notre confrère a déjà écrit plusieurs fois sur le thème des risques liés aux batteries, et j’imagine aisément que le sujet ne soit pas de ceux qui libèrent les doigts sur le clavier. Pour cette raison, ou peut-être juste parce qu’il aime cela, l’ami OC s’en tire avec une palanquée de clichés qui démontrent sa maîtrise du genre  :« monnaie courante, « on ne compte plus », « passer entre les gouttes », « l’affaire pourrait s’arrêter là » « qui crée le scandale » « éviter les vagues » « y mettre le prix » « protégé becs et ongles », « monnaie courante » (bis! bravo !)…

Côté blogueurs, en revanche, qui pourrait-on prendre en example ?

Le site http://www.cowcotland.com, qui rédige des news sur le thème de l’informatique, nous donne l’occasion de signaler le travail d’un rédacteur dont le portrait n’incite pourtant guère à le prendre au sérieux : sa photo ne montre pas de cravate ni de veste, mais une coiffure douteuse évoquant le rastafari éméché. Ce charmant personnage nommé Mantidor se livre à un test d’un ordinateur portable surpuissant. L’article est d’un très bon niveau, même s’il accumule les références technique de type CH2591Z3-X2 SubPixelWoofer. C’est le genre qui l’exige.

Pouruoi un très bon niveau ? Parce que le sieur Mantidor explique avec précision et simplicité. Parce qu’il fait des comparaisons utiles avec d’autres matériels similaires ou plus éloignés, dans un style alerte et moderne qui se lit parfaitement bien et se comprend tout autant, et dont le lexique est bien plus étendu qu’il n’y paraît au premier abord. Enfin, parce que notre rastaman se livre à quelques fantaisies ornementales à la fois légères et digestes : j’ai beaucoup apprécié le « Très miam quand même ces deux cartes, surtout dans un portable… » qui nous ferait presque ressentir l’émoi du geek face à un composant électronique particulier.

Même s’il ne parvient pas à contourner tous les écueils en forme de lieux communs qui attendent (*guettent) les rédacteurs, comme ce malheureux « les touches tactiles répondent au doigt et à l’oeil. Ajoutons le repose poignet en aluminium brossé du plus bel effet et la finition haut de gamme. »

Mais dans l’ensemble, l’article de ce rédacteur aux pupilles convergentes se montre d’un très bon niveau. Aiguillonné (*d’une main de fer) par un rédac’chef blanchi sous le harnois, gageons que le sieur Mantidor deviendrait un excellent journaliste. Ou blogueur, allez savoir.

Pour toutes ces raisons, j’ai plaisir à lui délivrer officiellement le trophée de « Premier de Corday » que j’invente à l’instant même, et qui récompense un travail de journalisme de qualité. Le jury est composé de moi-même, et ses décisions sont donc parfaitement subjectives.

Bravo !

* : les astérisques vous permettent de savourer un lieu commun de *tout premier choix.

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2 réponses à “Blogueurs et journalistes

  1. Hello

    Je viens de lire cette article très sympathique, merci et bonne continuation.

    Plus plus

  2. Merci à Mantidor de la réaction ci-dessus. Il me fait également parvenir un e-mail, dont voici la teneur. Il n’ en voudra pas de l’avoir cité.

    « Comme tu le précises avant, en effet je ne suis pas journaliste, mais je ne me considère pas non plus comme un bloggeur, mais plus un testeur de matériel info et chroniqueur.

    Et pour informations, tu parles de ceux qui en vivent ou non. Je pense qu’il y a bien plus de monde que ça qui vivent de cette nouvelle économie. Pour ma part c’est mon gagne pain, comme beaucoup de mes confrères.
    Ce n’est pas encore la panacée, mais je tiens bon depuis maintenant 2 ans.

    Encore merci et je suis très content d’être le « Premier de Corday ». »

    Voilà une information intéressante. Je me pose la question de la différence entre journaliste et chroniqueur. Elle semble ténue.

    A mon humble avis, cher Mantidor, c’est la qualité qui fait le larron. Vous écrivez, vous êtes lu, vous en vivez ? Vous êtes donc journaliste. Parce que testeur de matériel, j’ai beau compulser mes recueils, cela n’est pas un métier classifié par les codes.

    Il vous faut votre petite carte de presse tricolore! Très pratique surtout – j’allais dire exclusivement- pour rentrer gratuitement dans les musées, dans les cinémas, et pour provoquer la mansuétude des pandores.

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