Abonnés absents

Je lis de ci, de là, cet étrange vocable : Sarkozyste. Une recherche « être sarkozyste » auprès de mon éminent camarade google retourne des phrases instructives : « être ou ne pas être sarkozyste », « pourquoi être sarkozyste », « je suis fier d’être sarkozyste » et jusqu’à cette merveilleuse question sur Yahoo! Answers : « connaissez-vous au moins un sarkozyste dans la vie réelle ? ». Etc.

Question fort utile, en effet.

Sarkozyste. D’ou vient le mot ? Que signifie-t-il ?

Les plus anciens d’entre vous, ou ceux qui ont écouté le cours d’histoire de Madame Machin, au fond de la classe un triste jour d’hiver, se souviendront de son prédécesseur : « maoïste », de « maoîsme » dont Wikipédia nous dit qu’il s’agissait d’une une idéologie développée au XXe siècle par Mao Zedong (Madame Machin disait Tsé-Toung).

A la même époque, à peu de choses près, on a connu les Gaullistes. Plus récemment, les Jospinistes, et les Villepinistes.

Tout me porte à croire que ces termes fabriqués par l’apposition du suffixe « iste » à un nom propre, désignent un courant de pensée politique au sein d’un parti et/ou de ses sympathisants. Ainsi, les Jospinistes semblent avoir été des « lieutenants » de l’ancien premier ministre, désireux de promouvoir la candidature de leur patron aux présidentielles de 2007, contre celle de Ségolène Royal. Les Villepinistes, eux, défendaient bien évidemment la candidature du dauphin de Jacques Chirac, contre celle de Sarkozy. Un article du Point nous apprend qu’ils existaient encore en octobre 2007.

On peut comprendre que le « isme »  -et non le « iste »- désigne une politique particulière : thatchérisme, gaullisme; fauvisme. Non, là c’est de la peinture mais que voulez-vous le principe est le même : un type a des idées, il les met en œuvre, et ce qui s’ensuit porte son nom. C’est peut-être pour cela que M. Chirac n’a pas eu de courant de pensée à son nom. Ou si peu.

On pourrait donc, à l’extrême rigueur, parler de Sarkozysme : le président de la république prend de ci de là des idées, qu’on apprécie ou pas, et il les met (ou tente de les mettre) en œuvre.

En revanche, un « iste » c’est soit un courant de pensée autonome soit la défense d’un candidat aux présidentielles. Lorsque l’on dit « Gaulliste », on se réfère à un ensemble de valeurs représentées par le fameux général, parfois à son insu. Le grand képi est devenu, au fil du temps, une sorte de logo, un étendard pour rassembler des idées plutôt conservatrices, une certaine idée de la France etc etc. Pourquoi pas. Idem, dans un autre style; pour les « Maoïstes ». Cirons à nouveau Wikipédia, ce phare de la pensée humaine, qui indique que -site est un « suffixe substantif, servant à former un nom correspondant à un métier, ou à un adepte d’une activité, d’une idéologie, ou d’une théorie. »

Et donc, ce qui m’ennuie dans le mot Sarkozyste, c’est qu’il n’y a pas de pensée propre derrière. Pas de théorie neuve. Pas d’idéologie particulière. Notre président est un tenant du libéralisme moderne, de l’effort et de sa juste rétribution, etc. Libéral, capitaliste, épris de liberté etc etc tout ce que vous voudrez, ou son contraire.  Mais en cela il n’a rien inventé et se contente de reprendre des thèses bien connues.

Il n’y a pas de doctrine Sarkozy. Pas d’idéologie.

Comme il n’est pas non plus candidat à la présidentielle, pas pour le moment en tous les cas, je ne vois pas comment on peut adhérer à une doctrine qui n’existe pas.

On me rétorquera qu’il existe bien un terme plus ancien que Mao : Royaliste. Mais ce serait un peu facile que de le prendre en exemple, sauf pour dire que s’agissant de l’Ancien Régime, le mot concerne bien une idéologie : la suprématie d’un être et d’une caste sur tout un peuple, par le droit du sang.

Quod erat demonstrandum : le Sarkozyste n’existe pas, ou alors c’est un fieffé imbécile. Car enfin, comment nommer autrement une personne qui proclame son appartenance à une idéologie dépourvue de substance ? Et même si elle existait : qu’ils soient de gauche ou de droite, ou même du milieu, ceux qui sont prompts à se ranger sous une bannière ne sont-ils pas terrifiants ?

Pour conclure ce billet sans prétention, quelque statistiques sans aucune portée. Combien de pages Google recense-t-il pour les mots suivants ?

– Sarkozyste : 273 000 pages

– Gaulliste : 201 000 pages

– Maoiste : 128 000 pages

– (Ségolène) Royaliste : 24 700 pages

– Bayrouiste : 16 800 pages

– Villepiniste : 12 600 pages

– Jospiniste : 6 170 pages

– Mitterrandiste : 3 730 pages

– DSKiste : 940 pages

– Hollandiste : 562 pages

– Chiraquiste : 422 pages (!)

– Giscardiste : 16 pages

– Pompidoliste : 14 pages

– Balladuriste : 13 pages (!!!)

J’en viens à me demander si les gauchistes ne seraient pas, eux aussi, de fieffés imbéciles. Heureusement que Mao est là pour faire pencher un peu la balance à gauche. Historia, cruelis est, comme on dit en latin de fast-food.

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Une réponse à “Abonnés absents

  1. Je relis, effaré, un an après, ce billet. Comment peut-on écrire « Le grand képi est devenu, au fil du temps (…) un étendard  » ? Le rédacteur de ce billet aurait bien fait de se relire… sur l’instant, et non douze mois plus tard. Fort heureusement ce blog n’a que six ou sept lecteurs, le mal est donc léger.

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