Journalistes contres blogueurs

Cette question existentielle anime depuis plusieurs années les rédactions classiques. Y’a plus de journalistes, ma bonne dame. Les piges en baisse, les budgets pub en berne, les pools de journalistes qui réduisent comme peau de chagrin. (j’aime assez ce dernier cliché, parfaitement éculé puisque plus personne ne sait ce qu’est une peau de chagrin. On devrait d’ailleurs dire « éculé comme une peau de chagrin ». bref. )

Eric Le Braz, directeur de la rédaction de Newzy s’en était ému dans un papier intitulé « un monde sans journalistes », accompagné d’un édito « Les journalistes perdent leurs plumes » au point de lancer par la suite une agora sur le thème « Les médias prolifèrent, les journalistes désespèrent. Quelle est la valeur ajoutée de l’info quand elle est partout gratuite ? ».

Sur Marianne2, c’est Philippe Bilger qui s’y colle avec une approche moins facile à lire, mais plus optimiste, d’un optimisme peut-être myope (et non béat) :  » Il y aura toujours, pour les lecteurs frénétiques, une aura particulière qui illustrera la presse écrite ». L’essentiel est d’en être convaincu.

On peut en citer des dizaines d’autres.

Pour ma part il me parait vain d’opposer blogueurs et journaliste. Ce ne sont pas le papier et l’encre qui comptent, mais bien les mots et le sens qu’on leur donne. Si vous publiez un blog qui suscite l’intérêt des lecteurs, vous êtes un journaliste, peut-être à temps partiel, mais journaliste tout de même. Sauf si l’on adopte une vision administrative façon commission de la Carte de Presse : n’est journaliste que celui qui tire la majeure partie de ses revenus de l’écriture d’articles. Cette définition est restrictive et ne reflète pas la complexité des méthodes modernes de diffusion de l’information.

Vous êtes donc peut-être, ami lecteur qui possédez un blog, journaliste à 2 %, 10 %, ou plus. Plus encore que la proportion, c’est la méthode qui compte : vérifier ses sources non pas une fois mais deux fois, posséder plusieurs sources concordantes pour toute information, n’affirmer que ce que l’on peut affirmer, et pour cela effectuer un travail de documentation important sur un sujet que l’on aborde, bien séparer les faits de l’opinion, mais donner sa propre opinion en s’assurant toujours qu’elle correspond à un raisonnement, et non à un simple parti-pris. Dire « Sarkozy est un tyran » ou « Ségolène Royal est une incapable » ce n’est pas du journalisme, c’est de la conversation de comptoir.

Un mot encore sur la tendance qui consiste à appeler les textes des « contenus », au point que l’on décrit les journalistes du futur comme des « aggrégateurs de contenu ». C’est un mot tendance, « hype » pour dire texte, mais qui ne décrit pas la qualité dudit texte. Pour prendre une comparaison, en littérature on trouve des écrivains, des écrivaillons et des écrivains ratés. Il reste peut-être à inventer, pour le net, des blogueurs, des blogueraillons et des blogeurs ratés, les premiers étant bien, quel que soit le temps qu’ils passent sur leur blog, des journalistes au moins pendant ce temps-là.

La véritable opposition n’est donc pas journalistes contre bloggeurs, mais journalistes contre conversationneurs de comptoir.

A bon entendeur.

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