Enfin !

Magie des réseaux, je reçois un email enjoué d’un ami de gauche, sous le titre « Enfin !! ». Le contenu de ce message est une chronique signée Jacque Julliard dans le Nouvel Obs, sur le thème du  » lynchage médiatico-politicien » dont Ségolène Royal serait la victime. Extrait :

« Sarko l’Américain – c’est ainsi qu’il aimait à se faire appeler naguère – a bien retenu l’une des pires leçons de la trash politic de là-bas. On met en place une cellule de crocheteurs pour fouiller par le menu la vie, la famille, les discours, les amours, les gestes de l’adversaire. Il faut le pilonner sans relâche, le concasser, le ridiculiser, l’avilir, au besoin le calomnier avec la lâche complaisance de la presse coprophage. Après ça, fustiger avec un toupet infernal la « campagne de caniveau » qui s’amorce. Prends-y garde, lecteur. Après quelques simagrées d’indépendance et de neutralité, les grands médias audiovisuels se sont rangés en ordre serré derrière Sarkozy. Leur acharnement anti-Ségolène donne la mesure exacte de leur servilité »

Il n’est pas surprenant que Jacque Julliard montre ainsi qu’il souhaite la victoire de la candidate socialiste. Il appartient à la gauche réformiste et se veut l’apôtre d’un socialisme libéral. Il est en revanche plus regrettable qu’il choisisse lui aussi d’utiliser les méthodes même qu’il dénonce, à savoir la désinformation basée sur l’à-peu-près. Tout le paragraphe cité ci-dessus fonctionne sur les ressorts de la calomnie – par exemple les prétendues enquêtes, dont il reste à prouver qu’elles ont bien été ordonnées- du ridicule et de l’avilissement. Ce n’est pas du journalisme.

Lorsque Julliard explique « quand le ministre de l’Intérieur est aussi candidat à la présidence, l’impartialité de l’Etat peut-elle être garantie ? La réponse est évidemment non. Certes, en 2002, Jacques Chirac et Lionel Jospin ont fait campagne sans démissionner de leurs fonctions, l’un à l’Elysée, l’autre à Matignon. Mais pas place Beauvau ! », sa partialité dévote paraît évidente. Objectivement, pourquoi le ministre de l’intérieur devrait démissionner, et pas le premier ministre ? Curieuse conception de l’égalité.

Ce genre de procédé n’est pas nouveau chez Julliard. Dans « Le malheur français« , publié en octobre 2005 chez Flammarion, le directeur délégué du Nouvel Obs multipliait déjà les approximations et les solutions faciles. La pensée Julliardinenne n’est guère passionnante, d’un point de vue historique pas plus qu’économique, parce que ce vieux briscard se contente de créer des partchworks d’idées anciennes, parfois contradictoires, auxquelles il parvient péniblement à donner les couleurs de la nouveauté.

Ségolène Royal dispose de suffisamment de qualités personnelles et politiques, qui lui ont permis de parvenir à la situation qu’elle occupe aujourd’hui, pour ne pas avoir besoin de cette basse servilité complaisante.

Et c’est ce qui m’ennuie dans l’email de mon ami sympathisant de gauche. Ce titre « Enfin!! » qui n’est pas de lui, puisque le message est un transfert de transfert de transfert, dégage quelque chose de pathétique. Lorsqu’on se sert d’arguments médiocre pour défendre son camp, on peut laisser croire que c’est parce qu’on a pas mieux.

Quel dommage.

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